✨Le CDSE LAB à l’honneur dans PSM !

Écrit par Célia Debruyne

4 mars 2026

Caroline Saisou, coprésidente de notre commission CDSE LAB, partage son expertise en gestion de crise dans le dernier numéro de PSM – Protection Sécurité Magazine (n°294, mars-avril 2026).

Caroline Saisou revient sur son parcours, l’état du marché et l’importance du réseau. Et propose quelques pistes… sans oublier les nouvelles menaces pesant sur les entreprises, en particulier la désinformation.

Quel a été votre parcours universitaire et professionnel avant d’occuper vos fonctions actuelles ?

C’est par des études de communication à Sup de Pub que ma formation a commencé. Désireuse de me spécialiser dans la communication de crise, j’ai ensuite effectué deux stages lors d’une année de césure, d’abord dans le conseil puis au ministère de la Santé durant la grippe A (H1N1). Afin d’avoir une vision plus globale de la crise, non limitée à la communication, j’ai terminé mes études par un Master 2 en Gestion de crise à la Sorbonne. Afin de gagner en légitimité sur les sujets de crise, j’ai ensuite complété ma formation avec une expérience plus opérationnelle, en réalisant une préparation militaire supérieure État major dans la Marine. Cette formation d’une année m’a ensuite ouvert les portes de la réserve opérationnelle dans laquelle j’ai contribué à l’organisation d’exercices de contre-terrorisme maritime. Mon parcours professionnel a, quant à lui, démarré en 2012 lorsque j’ai rejoint le Haut Comité Français pour la Résilience nationale, think tank de référence en France sur les questions de résilience, avec une double casquette de déléguée générale adjointe et responsable des exercices & formations. Cette première expérience m’a amené à travailler autant
pour le SGDSN que pour des OIV, une diversité des missions entre secteur public et privé très enrichissante ! J’y ai notamment organisé la pression médiatique simulée des exercices interministériels ou encore le plus grand exercice terrain de France 36 heures non-stop.
J’ai ensuite pivoté vers l’Anssi à un moment où la thématique cyber devenait structurante. J’y ai élaboré l’organisation de crise du centre opérationnel. Lors du Covid, j’ai été appelée au centre de crise du ministère de la Santé, à la cellule communication. Une expérience marquante au coeur d’une crise avec des enjeux de communication complexes. En parallèle de mon activité salariée, j’ai été consultante en gestion de crise en autoentrepreneur me permettant de découvrir
d’autres secteurs d’activité. Convaincue de la richesse des parcours croisés entre public et privé, j’ai rejoint le secteur bancaire, chez STET, une entreprise d’importance systémique pour l’écosystème bancaire français. J’y ai exercé les fonctions de responsable de la continuité d’activité. Depuis mars 2024, je pilote le dispositif de gestion de crise du groupe Veolia, prépare et entraîne le siège et ses entités à la gestion de crise et assiste les Business Units en cas de crise réelle.

Pouvez-vous nous présenter le groupe Veolia ?

Veolia conçoit et déploie des solutions pour la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie. Présent dans une cinquantaine de pays, le Groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 45 milliards d’euros et emploie 215 000 salariés. L’ambition du groupe Veolia est de devenir l’entreprise de référence de la transformation écologique.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier de responsable gestion de crise ?

Pour appréhender les enjeux de la gestion de crise, il est absolument indispensable de comprendre l’impact opérationnel d’une crise sur les métiers, sur la continuité de l’activité. Il faut donc s’intéresser et comprendre le business. Ce n’est pas évident lorsqu’on évolue au siège mais j’essaie de me rapprocher le plus possible du terrain en réalisant des visites de site dès que j’en ai l’occasion. Il faut également comprendre l’impact d’une crise sur le plan financier, réputationnel, environnemental,
etc. Cela demande une compréhension transverse des métiers et c’est ce qui rend ce métier passionnant ! La dimension internationale de mon poste est majeure puisqu’un des enjeux est de déployer un dispositif de gestion de crise dans plus de cinquante pays. J’ai la chance de pouvoir me déplacer très régulièrement – ce qui devient rare dans les grands groupes – car rien ne remplace la rencontre réelle, au-delà d’un écran pour tisser des liens, qui s’avéreront précieux en cas de crise. On parle aujourd’hui beaucoup de la quête de sens au travail. Pour ma part, je trouve beaucoup de sens à travailler dans ce secteur d’activité : quoi de plus critique que la qualité de l’eau potable ? Ce métier implique par ailleurs un suivi de l’évolution des menaces et un travail de prospective sur les scénarios de crise de demain.

Quelles sont ces nouvelles menaces ?

Au-delà de la menace cyber qui figure toujours en top dans les cartographies de risque des entreprises, les directions sûreté doivent désormais intégrer le risque lié à la désinformation. Le Global Risks Report du World Economic Forum l’a même placé cette année au 2e rang des menaces à court terme, devant la cybersécurité qui se classe 6e.

En quoi consiste la désinformation ? Comment s’y prépare-t-on ?

L’IA permet aujourd’hui de produire du contenu réaliste et trompeur à grande échelle. Ces attaques informationnelles, qu’elles émanent d’États ou de groupes influents, visent à déstabiliser les démocraties et les économies et ont pour objectif de miner la confiance dans les institutions en jouant sur les peurs et les contenus à fort engagement émotionnel. C’est pourquoi il est très important de s’y préparer et de faire en sorte que ce risque soit pris en compte par le top management.
Cela passe par exemple par l’intégration de ce risque dans les scénarios d’exercice de crise, en mêlant attaque cyber et campagnes de désinformation.

Avec l’évolution des menaces qui pèsent sur les entreprises, quelles sont les compétences les plus susceptibles d’intéresser les directions sûreté desdites entreprises ?

Si j’en crois mon expérience, le fait d’avoir travaillé pour l’Anssi a constitué un atout indéniable. Je disposais de compétences cyber recherchées compte tenu de l’état des menaces. Le modèle de la direction sûreté de Veolia, dans lequel la cybersécurité est rattachée à la sûreté, représente une approche encore trop rare, mais particulièrement pertinente. Il permet une approche coordonnée de la gestion des risques qu’ils soient physiques ou numériques et d’éviter les silos : dans mon cas, la gestion de crise étant souvent liée aux enjeux cyber, la proximité avec les équipes est un atout précieux.

« Je trouve du sens à travailler dans ce secteur d’activité. »

Avec Jean Garcin, responsable sûreté Manpower Group France, vous assurez la coprésidence du CDSE Lab, une des commissions du CDSE. Quel est son rôle ?

Effectivement, j’anime avec Jean, depuis 2020, cette commission du CDSE dont la vocation est de rassembler les jeunes professionnels des directions sûreté des entreprises membres du CDSE. Le CDSE Lab représente aujourd’hui un écosystème dynamique regroupant 80 membres, âgés de 25 à 40 ans, des alternants aux cadres confirmés de la filière sûreté. Nous organisons régulièrement des visites de sites et des dispositifs de sécurité/sûreté, des ateliers avec des intervenants extérieurs. C’est aussi un espace d’échanges privilégié, nous favorisons le brainstorming collectif sur des problématiques communes, permettant à chacun de partager expériences, bonnes pratiques et solutions innovantes. Au-delà de cette dimension collaborative, le CDSE Lab joue un rôle crucial dans la construction de son réseau
professionnel. Dans le domaine de la sûreté, les postes restent très rares et difficiles à obtenir sans un réseau solide. Les formations spécialisées se sont multipliées ces dernières années, sans que l’offre d’emploi ne s’élargisse, créant ainsi une saturation du marché. Hormis les postes de junior, les autres offres de postes ne sont que rarement publiées sur les plateformes d’emploi traditionnelles, privilégiant la cooptation et les recommandations internes. Cette réalité souligne l’importance cruciale des réseaux comme le CDSE Lab : nous nous aidons mutuellement sur nos enjeux métiers, nous partageons les offres et tissons des liens durables entre pairs… qui seront demain les futurs directeurs/directrices sûreté ! Ainsi, le Lab n’est pas seulement un lieu de réflexion, c’est également un accélérateur de carrière.

Comment qualifieriez-vous le marché de cette filière sûreté ?

Si les postes juniors sont plus nombreux, les opportunités se raréfient fortement dès qu’on vise les postes de responsables ou de directeurs. Les entreprises privilégient toujours des profils issus des services de l’État (police, gendarmerie, armée, renseignements). Ainsi, à 35/40 ans, gravir les marches vers des postes plus confirmés devient particulièrement ardu sans un réseau solide ou un mentor influent. Pour briser ce plafond de verre, le réseau est alors clé et ouvre des portes vers des opportunités confidentielles.

Vous parlez de plafond de verre, vous avez pourtant réussi à trouver ce poste à responsabilités chez Veolia à 35 ans ?

Justement, mon parcours illustre l’importance du réseau, puisque c’est grâce à mes liens avec la direction sûreté du groupe Veolia tissés lors de mon premier poste il y a dix ans (!), que j’ai été contactée pour celui-ci.

« Il existe encore un plafond de verre à briser dès qu’on atteint 40 ans… »

Vous êtes aussi membre du réseau Women in Security (WinS), créé l’année dernière par Anaëlle Gabrieli, Group Security Manager chez Pernod Ricard avec Beatrix Renaut, Regional Security Manager chez International SOS. En quoi se différencie-t-il d’autres organisations professionnelles ?

Le réseau des WinS qui rassemble les femmes évoluant dans le secteur de la sûreté est intéressant car il est différent de celui du CDSE (consoeurs issues par exemple d’entreprises américaines, de sociétés de conseil, non présentes au CDSE). Anaëlle et Beatrix font de chaque événement un moment inspirant, empreint de sororité avec des interventions stimulantes sur le leadership ! Dans ma carrière, être une femme n’a jamais été un frein… mais je m’aperçois que mon cas fait plutôt figure d’exception. Je suis donc toujours disponible à aider d’autres femmes à évoluer dans ce milieu et à les conseiller. Absentes aux postes de directions jusqu’à peu, les femmes occupant des postes de directrices sûreté ne font désormais plus exception. La réussite de certaines de mes consoeurs prouve qu’il est possible d’accéder à ces fonctions de directrices sûreté… et elles seront de plus en plus nombreuses !

Au CDSE Lab, nous sommes même en majorité avec 60 % de femmes parmi les membres. Le train est donc déjà en marche !

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Les statuts

Le CDSE est une association loi 1901 à but non lucratif créée en 1995. Retrouvez la dernière version des statuts du CDSE adoptée par l’Assemblée générale extraordinaire du 15 septembre 2020.

Le règlement intérieur

Le CDSE s’est doté d’un règlement intérieur adopté par l’Assemblée générale extraordinaire du 20 septembre 2017 régissant différents points notamment en matière d’éthique et de déontologie.