Faire face Ă lâemprise
de la guerre informationnelle
Le colloque annuel du Cercle des directeurs de la sécurité des entreprises (CDSE), organisé le 16 décembre à Issy-les Moulineaux a fait salle comble. PrÚs de 650 participants ont écouté experts et sachants débattre de la « Sécurité
des entreprises : agir dans un monde privĂ© de repĂšres ». Les directeurs sĂ»retĂ© et sĂ©curitĂ© sont condamnĂ©s Ă composer avec des risques gĂ©opolitiques assortis dâune dĂ©rĂ©gulation massive et dâune guerre informationnelle sans prĂ©cĂ©dent. Tour dâhorizon et perspectives.
La sĂ©curitĂ© des entreprises nâa jamais Ă©tĂ© aussi chahutĂ©e en 2025. Pour le prĂ©sident du Cercle des directeurs de la sĂ©curitĂ© des entreprises (CDSE), CĂ©dric Lewandowski, les mutations sont patentes. « Aujourdâhui, les directeurs sĂ©curitĂ© sĂ»retĂ© dans les grandes entreprises, comme dans les PME exportatrices, doivent avoir une connaissance parfaite de lâĂ©tat du monde et des rapports de force, de leurs alliĂ©s et de leurs adversaires, dĂ©crypte-t-il. Le deuxiĂšme point fondamental est liĂ© Ă lâhistoire de notre Cercle, câest le partenariat public-privĂ©. Personne ne peut tout faire tout seul face Ă un environnement gĂ©opolitique aussi considĂ©rable et aussi heurtĂ©. Ni lâĂtat, ni les instances internationales, ni les entreprises. En revanche, ensemble – ce que lâon appelle la coproduction de sĂ©curitĂ© – nous avons une chance de rĂ©ussir. » Autant dire que pour les 128 entreprises membres du CDSE – 48 secteurs Ă©conomiques reprĂ©sentĂ©s – les efforts et les outils Ă dĂ©ployer sont nombreux. LâavĂšnement du trumpisme aux Ătats-Unis entĂ©rine un changement de paradigme qui bouscule les rĂšgles du commerce international. Alors mĂȘme que la recherche de la stabilitĂ© sâavĂšre nĂ©cessaire. Comment instaurer des bonnes pratiques lorsque lâhybriditĂ© des menaces dĂ©stabilise en permanence les entreprises et les Ătats ?
Impact du Liberation Day
« Il faut faire le dos rond au nom de la recherche dâune stabilitĂ© et sâadapter aux dĂ©cisions des Ătats-Unis qui peuvent dĂ©cider des rĂšgles Ă appliquer, insiste Thomas Gomart, le directeur de lâInstitut français des relations internationales (IFRI). Le Liberation Day annoncĂ© en avril 2025 par Donald Trump sâest traduit dĂšs le mois de juillet par des droits de douane de 15 % pour les produits europĂ©ens exportĂ©s aux Ătats-Unis. « Câest une dĂ©faite intellectuelle et politique de lâUnion europĂ©enne qui a repris Ă son compte le narratif de la remise en cause des rĂšgles de lâOrganisation mondiale du commerce. Sans compter que lâon trouve des forces politiques qui se rĂ©clament du trumpisme au sein de lâUE : le meilleur Ă©lĂšve, Viktor Orban, fait des Ă©mules. Il faut sâattendre Ă avoir des formes dâingĂ©rences Ă lâinitiative du mouvement MAGA (Make America Great Again) lors de la prĂ©sidentielle en 2027 », reprend Thomas Gomart. Dâailleurs la rĂ©ponse de la Chine Ă lâUE nâest pas une surprise. « Dâune part, elle construit sa domination sur les terres rares et dâautre part, elle contraint elle-aussi les exportations europĂ©ennes ; câest donc un pays qui rĂ©siste », rĂ©sume le directeur de lâIFRI. La rupture inhĂ©rente Ă lâadministration amĂ©ricaine a dĂ©butĂ© en 2016 mais nâavait pas complĂštement abouti. « Elle rĂ©apparaĂźt en 2025 avec le National Security Strategy (NSS), document de 33 pages publiĂ© en novembre par la Maison-Blanche ; il annonce un changement de prioritĂ©s dĂ©sormais total, dĂ©crypte CĂ©lia Belin, cheffe du Conseil europĂ©en pour les relations internationales. Le continent amĂ©ricain est la prioritĂ© numĂ©ro un : le changement de mĂ©thode signifie nouer des « business deal » avec tous les partenaires possibles y compris la Chine et la Russie. LâIndo-Pacifique est la prioritĂ© numĂ©ro deux, lâEurope arrive en troisiĂšme position seulement. » Fait marquant, ce document prĂ©conise aussi la guerre culturelle en Europe. « Les Ătats-Unis ont lâintention de faire plier les rĂ©gimes politiques en Europe pour faire Ă©merger des Ătats patriotiques, poursuit CĂ©lia Belin. Pendant les quatre premiĂšres annĂ©es de lâadministration
Biden, le mouvement MAGA sâest structurĂ© pour engager une rĂ©volution nationaliste et post-libĂ©rale. Le vĂ©ritable ennemi, câest le libĂ©ralisme Ă©conomique mais aussi politique et sociĂ©tal. » Au-delĂ du mouvement MAGA, Donald Trump a des intĂ©rĂȘts de court terme : politiques voire, familiaux. « Lâadministration Trump fonctionne sur le modĂšle du culte de la personnalitĂ© et des factions. La premiĂšre faction est liĂ©e Ă Steve Witkoff et Jared Kushner, milliardaires et magnats de lâimmobilier qui font des âdealsâ ; la deuxiĂšme faction est structurĂ©e autour de Marco Rubio du dĂ©partement dâĂtat qui recherche pour sa part des opportunitĂ©s gĂ©opolitiques pour les Ătats-Unis, comme rĂ©habiliter la Russie pour avoir un accĂšs sur lâArctique. La troisiĂšme faction Ă©mane du vice-prĂ©sident J.D. Vance avec lâappui des oligarques de la Tech comme Elon Musk. Câest la faction idĂ©ologique parce quâelle va Ă lâencontre du libĂ©ralisme dĂ©mocratique et europĂ©en et sâen prend aux rĂ©gulations europĂ©ennes », dĂ©plore CĂ©lia Belin. En consĂ©quence, le dĂ©financement de la science et la mise sous pression des universitĂ©s est Ă long terme nĂ©gatif pour lâUnion europĂ©enne : « Les annĂ©es prĂ©cieuses de recherche et dâinnovation transatlantiques vont ĂȘtre perdues. Le risque mentionnĂ© dans le NSS dĂ©montre que les attaques amĂ©ricaines pour dĂ©truire le parti dĂ©mocrate, la pensĂ©e
libĂ©rale progressiste, le monde de la culture et de la science, sont exportĂ©es en Europe. » Au fond, transformer les EuropĂ©ens Ă son image, câest la garantie pour le prĂ©sident des Ătats-Unis de gagner la guerre culturelle.
Europe : le bon choix de priorité ?
Seule certitude, durant la premiĂšre annĂ©e sous administration Trump, les EuropĂ©ens ont fait le choix de gĂ©rer en prioritĂ© le dossier de la sĂ©curitĂ© et de la guerre en Ukraine sans trop vouloir se battre sur le terrain du commerce. Or, les besoins en matiĂšre de rĂ©armement et de renforcement capacitaire sont immĂ©diats. « Il va falloir investir dans les drones au sein de lâUE mais aussi comprendre quâune plus grande solidaritĂ© entre industriels europĂ©ens sâimpose. Les champions nationaux ne suffisent plus, lâheure est Ă lâĂ©mergence des champions europĂ©ens », note CĂ©lia Belin. Autant dire que les recommandations formulĂ©es par Enrico Letta et Mario Draghi sur le marchĂ© intĂ©rieur, la compĂ©titivitĂ© et lâinnovation deviennent impĂ©ratives.
Interdépendances géopolitiques
Toute la difficultĂ© tient Ă une Ă©vidence implacable. « Le risque gĂ©opolitique ne se mesure pas, câest toute la difficultĂ© », reconnaĂźt Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI). « Nous avons de vraies menaces hybrides assorties dâune arsenalisation des interdĂ©pendances », estime de son cĂŽtĂ© Pascal Andrei, Seniorvice- prĂ©sident Chief Security Officer (CSO) chez Airbus. Dit autrement, certaines nations et certaines entreprises utilisent les dĂ©pendances mutuelles comme lâĂ©nergie, lâeau, les chaĂźnes dâapprovisionnement, les matĂ©riaux, comme moyens
de pression entre les pays. Lâexemple marquant chez Airbus concerne lâapprovisionnement en titane ou palladium, matĂ©riaux de base pour la conception des avions. « On sâapprovisionnait en Russie mais les chaĂźnes dâapprovisionnement ont changĂ©,
constate Pascal Marei. En parallĂšle, les lois sont devenues des armes, câest lâemprise des lois qui Ă©tranglent. Ă lâinstar de NIS
2 qui aurait dĂ» booster lâUnion europĂ©enne mais qui doit ĂȘtre dĂ©clinĂ©e dans 27 Etats-membres. Enfin, les droits de douane
de lâadministration Trump auraient pu mettre Airbus Ă genoux. Parce que Boeing, rĂ©alise 100 % de sa sous-traitance en Europe, nous avons Ă©tĂ© sauvĂ©s. »
Sujets poil Ă gratter
Parce que la data est le nouvel « or noir » au sein des organisations, les directeurs sĂ©curitĂ© et sĂ»retĂ© ont une tĂąche incommensurable. « Nous gĂ©rons tous les sujets poil Ă gratter : les sujets sĂ»retĂ© des biens et des personnes (nos collaborateurs) et lâensemble des clients. Câest aussi la gestion de crise (la continuitĂ© dâactivitĂ©), toute la cybersĂ©curitĂ© et data protection et un autre sujet moins traitĂ© en gĂ©nĂ©ral : toute la supply chain, la gouvernance et la sĂ©curisation de nos tiers fournisseurs », dĂ©taille Annick Rimlinger, directrice sĂ»retĂ©-sĂ©curitĂ©, cyber & data protection chez AĂ©ma groupe, holding mutualiste. Les sujets sĂ»retĂ© et sĂ©curitĂ© sont traitĂ©s avec lâensemble de nos marques (Macif, AĂ©sio Mutuelle, Abeille Assurance, OFI Invest). En 2025, nous constatons une forme dâindustrialisation du mensonge et une hybridation des attaques.
Par exemple, nous avons Ă©tĂ© victimes dâune fraude aux faux produits financiers de la part de personnes malveillantes qui font
paraĂźtre des encarts publicitaires dans la presse promettant des rendements financiers intĂ©ressants et suggĂ©rant aux lecteurs de laisser leurs coordonnĂ©es pour ĂȘtre rappelĂ©s. La plus grande menace est toutefois lâensemble des risques liĂ©s Ă la supply chain. Si la chaĂźne dâapprovisionnement des tiers fournisseurs nâapplique pas un certain nombre de standards sĂ©curisĂ©s, les
failles sont bĂ©antes. Ă lâĂ©vidence, toutes les surfaces dâattaque se multiplient parce que la sociĂ©tĂ© se numĂ©rise. « Nous assistons Ă une vĂ©ritable transformation numĂ©rique de la dĂ©linquance, conclut Johanna Brousse, vice-procureur, cheffe de la section de lutte contre la cybercriminalitĂ© au ministĂšre de la Justice. Câest la raison pour laquelle il faut faire tomber les silos dans les entreprises et porter plainte immĂ©diatement. ». MathĂ©matiquement, la sĂ©curitĂ© absolue nâexiste pas, mĂȘme
ans les organismes les plus protĂ©gĂ©s. Pour preuve, des cybercriminels se sont introduits dans les systĂšmes de police du ministĂšre de lâIntĂ©rieur et ont eu accĂšs Ă des informations concernant 16 millions de Français et ont pu consulter un volume trĂšs important de fichiers du traitement dâantĂ©cĂ©dents judiciaires et des personnes recherchĂ©es. Dans la nuit du 11
et 12 dĂ©cembre 2025, une dizaine de fichiers ont Ă©tĂ© extraits. Ces donnĂ©es risquent de se vendre sur le darknet avec un potentiel dâutilisation malveillante sans limite. « Une attaque informationnelle est un acte de guerre », confirme Hugo
Micheron, chercheur Ă Science-Po et prĂ©sident dâArlequin AI. Dont acte.
CYBERATTAQUE CHEZ HARVEST
Câest un retour dâexpĂ©rience qui a eu un effet sidĂ©rant pour Virginie Fauvel, pdg dâHarvest, Ă©diteur de logiciels dĂ©diĂ©s aux mĂ©tiers du patrimoine et de la finance. Incontournable, lâĂ©diteur revendique 4 600 clients (banques, assurances, fonds dâinvestissement, family offices). Les faits : dans la nuit du 26 au 27 fĂ©vrier 2025, des cybercriminels ont exploitĂ© une faille dans le systĂšme dâinformation de lâun des hĂ©bergeurs du groupe Harvest. Les assaillants sont alors parvenus Ă pĂ©nĂ©trer dans un serveur de lâun des fournisseurs de l’entreprise et cette intrusion a permis de bloquer des logiciels (sans pouvoir
accĂ©der Ă leurs donnĂ©es) en Ă©change dâune demande de rançon. En parallĂšle du serveur, les cybercriminels ont attaquĂ© Harvest directement. Quelques jours aprĂšs la premiĂšre attaque, une intrusion dans des boĂźtes mails de collaborateurs (un data center et deux serveurs concernĂ©s) a Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e. C’est sur ces deux serveurs qu’Ă©taient hĂ©bergĂ©es les messageries. Les cybercriminels sont parvenus Ă voler des fichiers de travail contenant des donnĂ©es de clients des
assureurs, des banques et des conseillers en gestion de patrimoine. « Nous nâavons pas payĂ© la rançon. Il faut toujours bien se prĂ©parer Ă une attaque cyber car elle implique une sĂ©rie de sujets RH quâil faut gĂ©rer avec lâensemble des collaborateurs. La rĂšgle passe avant tout par la mise en place de mots de passe robustes pour dĂ©jouer les hackers », insiste Virginie Fauvel,
qui copréside par ailleurs la commission Numérique et innovation du Medef.
VIGINUM, VIGIE DES INGĂRENCES NUMĂRIQUES ĂTRANGĂRES
LâĂtat français a créé en 2021, au sein du SecrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de la dĂ©fense et de la sĂ©curitĂ© nationale (SGDSN), une structure baptisĂ©e VIGINUM (Service de vigilance et de protection contre les ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangĂšres). Depuis lors, les menaces de dĂ©stabilisation en ligne nâont cessĂ© de croĂźtre Ă la faveur dâun contexte international dĂ©gradĂ©. En Ukraine, Roumanie, Moldavie, Ătats baltes, Allemagne, Australie, Canada, pays africains ou de lâAsie du Sud-Est mais aussi en France. Nombreux sont les pays victimes de tentatives de manipulation de lâinformation.nLe guide commun VIGINUM-CDSE a pour objectif dâalerter les chefs dâentreprise, entrepreneurs et investisseurs : la menace de manipulation nâest pas un sujet destinĂ© uniquement aux Ătats ou lors dâĂ©chĂ©ances Ă©lectorales. Les entreprises françaises font lâobjet de manoeuvres de dĂ©stabilisation car elles reprĂ©sentent la France et son modĂšle Ă©conomique. « Tout le monde Ă©conomique nâest pas encore sensibilisĂ© Ă la menace informationnelle. Le changement de paradigme, câest un dĂ©fi de culture pour les entreprises », rĂ©sume Marc-Antoine Brillant, chef de VIGINUM.
3 QUESTIONS Ă CĂDRIC LEWANDOWSKI, PRĂSIDENT DU CERCLE DES DIRECTIONS DE LA SĂCURITĂ DES ENTREPRISES (CDSE)
Atout Risk Manager : « Sécurité des entreprises : agir dans un monde privé de repÚres », pourquoi avez-vous choisi ce thÚme pour le colloque du CDSE ?
Deux Ă©lĂ©ments me paraissent essentiels dans ce que le Cercle reprĂ©sente. La premiĂšre notion, câest la prise en compte des risques gĂ©opolitiques. Historiquement, la question de la sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© dâabord rĂ©sumĂ©e Ă la question du gardiennage. Elle a beaucoup Ă©voluĂ© en trente ans. Aujourdâhui, la rĂ©alitĂ© est que les directeurs sĂ©curitĂ©-sĂ»retĂ© dans les grandes entreprises, comme dans les PME exportatrices, doivent avoir une connaissance parfaite de lâĂ©tat du monde et des rapports de force, de leurs alliĂ©s et de leurs adversaires.
Le colloque a voulu tĂ©moigner de ce chamboule-tout gĂ©nĂ©ral. La recherche de paroles de sachants et experts qui viennent orienter, prioriser, est absolument essentielle. Le deuxiĂšme point fondamental est liĂ© Ă lâhistoire de notre Cercle : le partenariat public-privĂ©. Personne ne peut tout faire tout seul face Ă un environnement gĂ©opolitique aussi considĂ©rable et aussi heurtĂ©. Ni lâĂtat, ni les instances internationales, ni les entreprises. En revanche, ensemble – ce que lâon appelle la coproduction de sĂ©curitĂ© – nous avons une chance de rĂ©ussir. Notre cercle a vocation Ă crĂ©er ce lien, cette confraternitĂ© permanente au service de la sĂ©curitĂ© des entreprises et de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.
Comment mieux accompagner les entreprises face Ă la guerre informationnelle ?
Cette guerre nâest pas nouvelle. Depuis que le monde est monde, lâidĂ©e de dĂ©nigrer un adversaire, un ennemi, existe.
Certains rĂ©cits de lâAntiquitĂ© le rappellent dâailleurs. LâĂ©lĂ©ment nouveau aujourdâhui, câest son caractĂšre diffus, liĂ© aux rĂ©seaux sociaux, et lâextraordinaire rapiditĂ© de la circulation de lâinformation due Ă des logiciels bien conçus, lesquels viennent obscurcir lâesprit collectif et envoyer des images terribles pour les entreprises et les individus. Lâintelligence artificielle donne une ampleur complĂ©mentaire Ă cette dimension.
Câest un des sujets sur lequel la coproduction de sĂ©curitĂ© est fondamentale. LâĂtat, au sein du SecrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de la dĂ©fense et de la sĂ©curitĂ© nationale, a mis en place une structure originale et efficace, VIGINUM (pour Service de vigilance et de protection contre les ingĂ©rences numĂ©riques Ă©trangĂšres). Marc-Antoine Brillant, le chef de ce service, participait Ă la table ronde intitulĂ©e « Les entreprises face Ă la guerre informationnelle ». La dĂ©marche est intĂ©ressante car elle veut rĂ©pondre de maniĂšre spĂ©cialisĂ©e Ă cette menace nouvelle.
Du cĂŽtĂ© du CDSE, nous essayons de mettre Ă la disposition de lâensemble de nos membres les moyens de mieux repĂ©rer, et mieux caractĂ©riser la guerre informationnelle qui peut ĂȘtre menĂ©e par des Ătats, des individus ou des entreprises. Nous venons dâailleurs de publier un guide commun avec VIGINUM, « Guide de sensibilisation Ă la menace informationnelle Ă destination des acteurs Ă©conomiques français ». Câest une premiĂšre Ă©tape pour donner de premiers outils face un phĂ©nomĂšne qui est nouveau et pour lequel il va falloir monter en puissance collectivement.
En 2026, vous souhaitez ouvrir davantage le CDSE à la question territoriale. Quelle sera votre méthodologie ?
La question territoriale est revenue rĂ©guliĂšrement dans lâhistoire du CDSE, mais elle est complexe Ă mettre en Ćuvre.
Au fond, nous étions un cercle trÚs parisien, parce que les directeurs de la sécurité travaillent au sein de siÚges sociaux qui
sont implantĂ©s en rĂ©gion francilienne. Il se trouve que nous comptons aujourdâhui de grandes entreprises comme CMA-CGM dont le siĂšge est Ă Marseille. Le directeur de la sĂ©curitĂ© de CMA-CGM, Franck Chaix, nous a sollicitĂ©s pour savoir sâil Ă©tait envisageable de tenter une opĂ©ration de dĂ©centralisation. Jâai trouvĂ© lâidĂ©e intĂ©ressante. Nous lâexpĂ©rimentons, nous verrons
ce que cela donne. Est-ce quâelle donnera envie Ă des directeurs sĂ©curitĂ©-sĂ»retĂ© dans les territoires de se saisir du sujet ?
Nous tiendrons la premiĂšre rĂ©union territoriale du CDSE Ă Marseille au premier semestre 2026, en prĂ©sence des pouvoirs publics territoriaux, des directeurs sĂ©curitĂ©-sĂ»retĂ© des entreprises et nous lâouvrirons aux PME et ETI locales et Ă tous ceux que cela pourrait intĂ©resser. Je pense notamment au milieu universitaire et Ă Aix-Marseille-UniversitĂ©.
Propos recueillis par Louis Guarino
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