Le CDSE dans PSM ! 🗞️

Écrit par Célia Debruyne

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16 janvier 2026

📣 Dans le cadre de notre partenariat avec le magazine PSM (Protection sĂ©curitĂ© magazine), le CDSE fait l’objet d’un grand entretien central de PSM.

Le magazine publie, dans son édition n°293 (janvier – février 2026), un entretien avecTHIERRY DELVILLE, VP Group chief security officer, CAPGEMINI. et président de la commission « Sécurité Numérique » du CDSE.

Après une longue carrière au sein du ministère de l’Intérieur, Thierry Delville y revient sur la lente intégration de la sécurité privée dans le « continuum sécurité » pour bâtir une offre cohérente public/privé garantie par l’État –, dans le cadre d’une nécessaire régulation. Et appelle à intégrer la sûreté en gouvernance stratégique des entreprises pour en faire un vecteur de confiance et de business.

La sûreté est au cœur des enjeux actuels des entreprises.

Après une longue carrière au sein du ministère de l’Intérieur, Thierry Delville, revient sur la lente intégration de la sécurité privée dans le « continuum sécurité » pour bâtir une offre cohérente public/privé garantie par l’État –, dans le cadre d’une nécessaire régulation. Et appelle à intégrer la sûreté en gouvernance stratégique des entreprises pour en faire un vecteur de confiance et de business.


Pouvez-vous nous présenter Capgemini ?


Cette entreprise française, fondée par Serge Kampf, va bientôt fêter ses soixante ans. À l’origine, Capgemini était une SSII, une société de services informatiques. Elle est bien plus aujourd’hui, puisqu’elle s’est imposée comme un des leaders mondiaux, non seulement sur son métier historique, mais aussi sur le marché de la transformation numérique et digitale des entreprises pour les accompagner dans l’exploitation du potentiel des technologies. Présent dans plus de 50 pays et employant plus de 400 000 collaborateurs aujourd’hui, le groupe met son expertise en cloud, data, intelligence artificielle et cybersécurité au service de solutions innovantes et durables.


Vous travaillez chez Capgemini depuis 2021. Quel a été votre parcours professionnel jusqu’à cette date ?


C’est un long parcours, de bientôt quarante ans. Diplômé de l’École nationale supérieure de la police en 1987, j’ai d’abord travaillé, en tant qu’inspecteur de police, au sein de la direction informatique du ministère de l’Intérieur. Poste qui m’a permis de développer mes compétences techniques. J’ai ensuite occupé les fonctions de responsable informatique
du service des voyages officiels et de la sécurité des hautes personnalités, avec les débuts de l’informatisation des déplacements officiels du président, qui était à l’époque François Mitterrand, et aussi la sécurité des grands sommets internationaux. J’en garde un souvenir très fort, en particulier le voyage officiel à l’occasion de la chute du Mur de Berlin.
En parallèle, j’ai poursuivi des études de droit et je suis devenu commissaire de police, avec des postes à Bezons, puis à Bondy. En 1998, mon passé d’informaticien m’a rattrapé et j’ai été muté à la direction centrale de la sécurité publique pour m’occuper de l’informatisation des commissariats. C’était une époque pionnière avec l’arrivée dans les services d’internet, intranet ou des messageries interpersonnelles qui bousculaient quelque peu la hiérarchie de l’époque qui voyait avec
inquiétude l’information circuler en dehors du canal de commandement traditionnel. Entre 1998 et 2005, j’ai aussi travaillé sur le volet informatisation du déploiement de la police de proximité, puis sur un plan de modernisation, ce qui a coïncidé avec une très forte augmentation du parc informatique à cette époque. La sécurité publique est ainsi passée d’un ordinateur pour six agents, à un ordinateur pour deux. Parallèlement à ces missions, j’ai pu me former, au sein du fort d’Issy-les-Moulineaux, dans ce qui était le service interministériel « d’avant l’Anssi », à la SSI et, très tôt, prendre conscience des enjeux de la sécurité informatique.
En 2005, le directeur général de la police m’a chargé de créer un nouveau service axé sur la conduite des grands programmes technologiques, mais aussi l’innovation et la recherche. Avec celui qui deviendra mon complice et ami, Patrick Guyonneau, ingénieur de l’armement, nous avons lancé le service des technologies de la sécurité intérieur (STSI).
C’est à cette époque qu’avec le laboratoire de recherche du Chesnay (CTSI rebaptisé Crel) qui comprenait plusieurs départements : armement, électronique, résistance des matériaux, chimie, nous avons pu travailler au développement de nouveaux outils comme, par exemple, le bouclier Ramses pour le Raid et la BRI, l’introduction des armes à létalité réduites, les premiers drones ou encore, le premier marché de kit de détection de drogues par la salive.

Je me souviens aussi d’un dispositif innovant à l’époque : la mise en place d’un service de mutualisation de technologies
de sécurité (caméra, enregistreurs…) qui étaient envoyées à la demande aux services locaux, puis restitués à la fin de l’enquête. En 2009, je suis devenu directeur des services techniques de la préfecture de police (DOSTL), un poste incroyable où vous êtes entouré de spécialistes passionnés pour des métiers aussi divers que la formation auto et moto, la brigade fluviale, l’unité hélicoptère, les ateliers auto et moto, l’armurerie et les systèmes d’information. Cette structure qui se nomme DILT, dans une configuration différente aujourd’hui, est précieuse pour les missions opérationnelles au quotidien.


Vous avez aussi pris une part active au sein du ministère de l’Intérieur, à la structuration de la filière de l’industrie de la sécurité…


Ma mission suivante a été de créer en 2014, la Délégation ministérielle aux industries de la sécurité (Dmis), le ministère de l’Intérieur a voulu prendre une part active à la création de la filière des industries de sécurité.
Cette délégation, en lien direct avec le cabinet du ministre de l’époque, a permis d’ouvrir un nouveau dialogue public privé autour des enjeux économiques de la filière. En 2017, la Dmis est devenue Dmisc en ajoutant au périmètre de la délégation les compétences de lutte contre la cybercriminalité.

Aujourd’hui, c’est la Depsa (Direction des entreprises et partenariats de sécurité et des armes) qui a intégré l’essentiel de ces
compétences et travaille avec le comité de filière de sécurité (CFS).

Justement, si les polices municipales sont aujourd’hui reconnues comme faisant partie des forces de sécurité au même titre que la Police nationale et la Gendarmerie, il semble que l’apport de la sécurité privée soit un peu
plus lent. Pourquoi ?


Je pense que, d’une manière générale, personne ne conteste le rôle que joue et doit jouer la sécurité privée, dans le cadre du continuum sécurité. Cela dit, on parle souvent de ce dernier sans vraiment le définir. Ce qui ne facilite pas sa mise en place concrète et réelle.

Qui préfère la sécurité à la liberté aura vite fait de perdre les deux
(Benjamin Franklin).

Oublier la cybersécurité c’est rouler à 200 km/h à moto sans casque
(G. Poupard).

Quelle définition donneriez-vous du continuum sécurité ?

Elle pourrait être celle-ci : le continuum doit avoir pour objectif de mettre les acteurs, publics et privés, en capacité d’exercer, chacun dans un rôle bien défini, un ensemble de missions qui répond à un enjeu global de sécurité cohérent, efficace et
optimisé. Le rôle de l’État comme garant du dispositif reste primordial.
Ce n’est pas si compliqué… Tout le monde est conscient de l’importance de ce continuum dont l’efficacité a pu être démontrée lors de grands événements très médiatiques, comme les Jeux olympiques et paralympiques de Paris en 2024. Mais, l’intégration de la sécurité privée dans le continuum est trop lente. Il y a
encore beaucoup de choses à faire pour renforcer l’interopérabilité, le partage d’information… Pour faire avancer les choses, il faut inscrire tout cela dans une vision partagée.


Pourquoi est-ce si lent ?


Si la sécurité privée existe depuis très longtemps, la structuration de cette filière, en particulier pour se doter d’instances régulatrices, est très récente. Par exemple, le Cnaps a été créé en 2012, tout comme le Code de la sécurité intérieure. L’histoire continue de s’écrire et avance par étapes. En outre, ledit continuum est constamment « interrogé »
par l’arrivée dans la sécurité, publique ou privée, de nouvelles technologies – vidéosurveillance, algorithmes, drones, robots… – qui soulèvent des questions en matière de libertés publiques, de réglementations, de formation… Tout cela nécessite de la réflexion et un important travail de régulation. L’enjeu majeur c’est de raccourcir ce temps.

Qu’est-ce qui a le plus changé dans votre environnement professionnel ces dernières années ?


Nous avons été confrontés à un développement important de nouvelles menaces. La cybersécurité s’est imposée comme un des défis majeurs en matière de sûreté des entreprises. La transformation digitale a placé la cybersécurité en haut du spectre des préoccupations des dirigeants. À l’inverse, la sûreté traditionnelle n’a pas connu la même
ourbe. Mais depuis la crise Covid, les choses évoluent, la gestion de crise a repositionné les directeurs sûreté au coeur du dispositif de résilience des entreprises et l’évolution actuelle du contexte géopolitique ne fait que renforcer cette tendance.


Cette prégnance de la cybersécurité impacte-t-elle la sûreté ?


Les directions sûreté ont toujours dû gérer et répondre à des menaces protéiformes. Et cet aspect n’a fait que s’accentuer ces dernières années, en particulier à cause de l’exposition croissante des entreprises au risque cyber. Nous sommes confrontés aujourd’hui à des menaces que l’on qualifie d’hybrides par leur caractère multidimensionnel exploitant différentes formes de vulnérabilités. Les nouveaux règlements et directives comme Dora ou NIS2 viennent apporter de la régulation dans tout cela afin d’imposer aux experts de la sûreté des entreprises le respect de certaines règles. Ces nouvelles régulations ont
aujourd’hui un impact réel sur le coût de déploiement des systèmes de sécurité physique qui doivent s’adapter aux nouvelles exigences.


Est-il possible de dresser un portrait robot des directions sûreté de demain ?


Leur organisation et leurs compétences peuvent varier d’une entreprise à l’autre. Je ne pense pas qu’un modèle unique s’imposera, cela dit, les entreprises doivent se doter d’une gouvernance qui englobe les fonctions engagées dans la protection
du groupe. Nous l’avons fait chez Capgemini. Les directions de demain seront aussidéfinies par des dirigeants qui ne verront plus la sûreté comme un centre de coût, mais bien une fonction essentielle pour la résilience et l’anticipation
des menaces. Elle contribuera plus encore demain à maintenir la confiance que peut inspirer l’entreprise auprès de ses collaborateurs, mais aussi de ses clients et de ses partenaires. Et pour cela, elle doit être positionnée dans la stratégie
de l’entreprise… De nombreuses entreprises l’ont compris après les attentats de 2015, puis lors de la crise Covid. Chez certaines, le « soufflé» est retombé, chez d’autres, la sûreté est désormais intégrée à la stratégie de l’entreprise afin de renforcer le business. C’est bien la voie à suivre…

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